16 In ma vie de maman

La grossesse, ce moment où ton corps ne t’appartient plus…

Une des réalités de la grossesse, en tout cas de ma grossesse, c’est qu’à un moment, j’ai eu l’impression de perdre le contrôle de mon propre corps, comme s’il ne m’appartenait plus…

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Tout d’abord, il y a ce moment heureux, celui où tu découvres le petit trait sur le bâtonnet qui t’annonce que ta vie va changer. La France a la particularité de (sur) médicaliser la grossesse, donc à partir de ce moment commence un parcours plutôt normé, entre les visites chez le gynécologue, les prises de sang ou encore les échographies.

Me voilà toute heureuse courant chez ma gynécologue, celle qui me suit depuis que je suis adolescente. Première nouvelle : vu que je veux accoucher en dehors de son secteur, il va falloir que je sois suivie par un de ses confrères qui officie dans la maternité où je vais accoucher, une fois les 3 ou 4 premiers mois passés.

Et c’est ainsi qu’un après-midi d’automne, je me retrouve à moitié nue devant un homme que je ne connaissais pas encore il y a quelques minutes : je viens de faire connaissance avec mon nouveau docteur, celui qui me suivra et m’accouchera le jour J. Il partage son cabinet avec deux autres confrères que je devrais également rencontrer et qui auront l’honneur de le remplacer au cas où il ne soit pas de garde ce fameux jour…

Comme je suis plutôt bien portante, mon nouveau gynécologue préféré en profite pour m’orienter vers d’autres confrères médecins, un cardiologue et un nutritionniste. Chez le cardiologue, les tests se font torse nu et chez la nutritionniste, c’est en sous-vêtements. Et tout ça, sans oublier les prélèvements de rigueur au Laboratoire d’Analyses Médicales. En quelques semaines à peine, ce sont donc six nouvelles personnes devant qui je me retrouve donc en petite tenue, voire allongée, les jambes grandes écartées, dans toute la splendeur de mon intimité, six personnes qui prononcent la phrase la plus répétée de toute ma grossesse : « déshabillez-vous, madame ! ».

Bref, il ne m’a pas fallu longtemps pour comprendre que si tu veux devenir mère, ta pudeur, il va falloir la ravaler, ton corps est désormais un boulevard que chacun a le droit de visiter, de toucher, de tripoter, tout ça dans le plus grand respect des règles médicales, certes. Mais voilà, à ce moment-là, j’ai vraiment eu l’impression que mon corps ne m’appartenait plus et que chacun avait le privilège de le revendiquer pour y faire ses propres examens. J’en étais arrivée au point où je souhaitais même accoucher toute habillée.

Et puis, le jour de l’accouchement, malgré le monde qui assiste aux premières loges à ce moment magique (gynécologue-accoucheur, sage-femme, anesthésiste, pédiatre et autres professionnels de passage), une fois ton nouveau-né lové contre toi, comme une boule d’amour que tu attendais tant, tu oublies tout. Et tu te dis que ça y est, tu vas enfin pouvoir retrouver ton corps et qu’on va enfin te laisser tranquille avec ça…

Grave erreur de primipare !! Au contraire, dès le matin, c’est le défilé dans la chambre : tournée du gynéco qui vient voir si la cicatrice de l’épisio est belle, sage-femme compatissante (accompagnée de sa jeune stagiaire) qui après avoir touché t’apporte un pain de glace qu’elle dépose précautionneusement sur la zone pré-citée pour apaiser la douleur, puéricultrice qui t’explique comment allaiter en tirant joyeusement sur tes tétons… Et tout ce petit monde se relaie et recommence à chaque nouveau tour de garde…

Inspire. Expire. Rendez-moi mes seins. Rendez-moi mon vagin. Je veux rentrer chez moi, faites que ça s’arrête.

Et puis, en fait, chez toi, ça ne s’arrête pas vraiment. Parce que ton périnée qui a bien morflé, il va falloir s’en occuper et lui offrir une petite cure de musculation, direction le cabinet de sage-femmes le plus proche. Sans oublier bien sûr de retourner voir ton gynécologue pour les suites de couche…

Et voilà, comment en moins d’un an, plus d’une douzaine de personnes ont eu accès à cette partie la plus privée de mon anatomie, alors que je ne m’y attendais pas du tout et que parfois, je l’ai vécu au mieux comme un fardeau, au pire comme une véritable intrusion. Pour toi, primipare qui me lit et qui ne sait pas encore les grands moments de bonheurs que ton parcours maternel te fera vivre, je referme cette parenthèse et mes jambes en même temps. A partir de maintenant, seul mon chéri y aura accès…

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16 Comments

  • Reply
    bcommeb
    7 juillet 2014 at 9 h 43 min

    Tu mets des mots sur ce que j’ai ressenti pendant toute la grossesse et après comme un poids d’invasion énorme. Tellement bien vu le séjour à la maternité, et vas y que je te presse les seins sans même demander la permission (  » c’est bon pour la montée de lait  » ) , perfusions, piqure du soir, examens gynéco mécaniques, sans compter les  » vous avez fait caca ? alors ? oui ? à quelle heure ?  » devant mon mec, l’infirmière, les visites, ils s’en foutent… l’impression de ne plus être une personne et que tout le monde a libre accès à mon corps ! Aujourd’hui j’ai du mal à envisager un deuxième bébé tout de suite, juste pour pouvoir retrouver mon corps libre, celui qu’on ne tripatouille pas dans tous les sens sans même te demander ton avis.

  • Reply
    pomdepin
    7 juillet 2014 at 10 h 44 min

    J’ai l’impression que c’est moins pire ici…un peu! Par contre en Irlande, pour L’Ado, donc il y a quand même pas mal de temps, l’obstétricien m’examiner à travers un drap, sans jamais regarder ce qu’il faisait. C’est mieux pour la pudeur, mais c’est légèrement stressant aussi!

  • Reply
    Carine P
    7 juillet 2014 at 13 h 26 min

    Bon alors, moi j’ai vu moins de monde quand même. Et pour l’épisio, eh bien c’est pas cool moi aussi pour la 1ere j’ai eu super mal et bien longtemps, j’ai appris lors de mon 2eme accouchement qu’elle avait été mal faite (super pendant 1 an tout le monde me disait que tout allait bien pfff). Enfin bref sur 4 accouchements je n’ai eu besoin de glace que pour le premier, la 2eme épisio c’est très vite remise et pour mes 2 autres accouchements (je bien précisé avant que je ne voulais pas d’épisio) simples déchirures qui se sont remises beaucoup plus vite.
    Voilà c’est sur que les passages gyneco, prise de sang… c’est pas cool mais bon quand le bébé est là tout vas mieux.

  • Reply
    Mélodie
    7 juillet 2014 at 18 h 59 min

    « Bref, il ne m’a pas fallu longtemps pour comprendre que si tu veux devenir mère, ta pudeur, il va falloir la ravaler, ton corps est désormais un boulevard que chacun a le droit de visiter, de toucher, de tripoter, tout ça dans le plus grand respect des règles médicales, certes. »

    tellement vrai. J’étais d’une pudeur extrême. Suite à ma visite avec l’incompétent de gynéco, j’ai du être suivi en urgence à l’hôpital. La pudeur, je m’en suis mise à m’en foutre royalement tant que mon bébé allait bien (cf notre histoire) le sommet a été lors de l’accouchement. c’était un peu « juste » je devais passer en césa du coup : 2 obstétriciens, 2 SF, 2 infirmières, le con d’anesthésiste et sa collègue et il me semble deux autres personnes encore…. dans mes souvenirs c’était « y’a trop de monde, ça ne va pas AU SECOURS J’VEUX PAS DE CESA ! ». Ma SF (merveilleuse SF) a fait en sorte que Pompoko sorte par voies naturelles. Soyons claires, s’il n’était pas sorti au moment où il est sorti, j’allais au bloque. (merci mon fils).

    Durant le séjour à la mater, c’est moi qui ait demandé aux infirmière de regarder la cicatrice. Elles ont toutes été très respectueuses de mon corps. J’ai eu de la chance je pense.

    Par contre, j’ai tellement été suivi que la rééduc du périnée, ça attendra que je m’en remette…. (ma pudeur, j’y tiens un peu)….

  • Reply
    Transyvaisne
    8 juillet 2014 at 2 h 58 min

    J’avais envie de dire « whaa, la chance! QUE l’épisio!!! », car de mon coté j’ai eu une déchirure très importante qui a nécessité un an de rééducation + une césarienne qui s’est sur-infectée, donc passage de la SF ou de l’infirmière tous les jours pendant plusieurs semaines, une qui tire sur le ventre et l’autre sur les seins… Deux accouchements pour le prix d’un, comme dit mon mari!
    Mais c’est vrai qu’on n’a pas intérêt d’être pudique quand on veut un bébé! Quand tu es passée par une hystérosalpingographie faite par un boucher et par un parcours PMA, les « mises à nu » de la grossesse, on les relativise!

    Pas de bb2 pour vous non plus?

  • Reply
    Lizou
    28 janvier 2017 at 23 h 53 min

    Bon je sais que le post date et que mon parcours n’est pas celui de tout le monde, mais étant très pudique, j’ai pris les devants bien avant de tomber enceinte: il était hors de question d’avoir la panoplie classique du suivi de grossesse et de l’accouchement comme c’est fait partout. Et somme toute, je pense m’en être plutôt bien sortie. En tout cas je ne me suis jamais retrouvée nue devant qui que se soit.

    J’ai pris un suivi globale avec une sage femme libérale et un accouchement prévu en plateau technique.

    La plupart des SF libérales ne font pas de TV ou d’examens gynéco pendant tout le suivi de la grossesse (sauf justification médicale).
    Pas d’échographies endo-vaginales si on se contente de faire les échos « obligatoires »: à 2 mois de grossesse on voit très bien par voie pelvienne.
    Pour le prélèvement vaginal du 8eme mois, devant ma réticence ma SF m’a proposé de m’expliquer oralement et que je le fasse seule.
    Durant tout le travail je n’ai eu qu’un TV (fait sous un drap) et encore je pense qu’on aurait très bien pu s’en passer.
    Avec une SF libérale, en plus qu’elle soit la seule et unique personne présente dans la salle, aucune position n’est imposée : j’ai accouché à genoux sur un tapis de gym avec les fesses à 10cm du sol et en robe. Autant dire que personne n’était aux premières loges, ni elle, ni mon mari.
    Le seul hic à été pour la sortie du placenta, un peu difficile.
    En post accouchement elle a juste vérifié que je n’avais pas de déchirures. Une seule fois. Pas de soins.
    Pour la visite post-natal à 8 semaines elle a juste posé les questions habituelles, et ne m’a pas examinée. La rééducation s’est faite chez moi, seule, avec des cuissardes.

    En tout et pour tout j’ai été examinée trois fois, toujours sous un drap et toujours par la même personne. Dont une fois « inutilement » (mais avec mon consentement) et une fois pour une pathologie. Donc je ne dis pas que c’est toujours facile, surtout si on choisi l’hôpital ou la clinique, mais on peut vivre sa grossesse et son accouchement sans pour autant faire une croix sur sa pudeur…. A bon entendeur! 😉

    • Reply
      Veronique PoupetteWorld
      12 février 2017 at 23 h 31 min

      Merci pour ton témoignage, j’espère qu’il pourra servir à d’autres futures mamans !
      C’est vrai qu’on ne s’attend pas forcément à tout ça avant d’y être confrontée. J’avoue que je ne m’étais jamais posé la question avant d’y être confrontée…

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